L’édito : 35e Musiques d’Ici et d’Ailleurs

C’est ma lutte finale, entre-nous. Et demain ?

Dans un environnement médiatico-politique plutôt anxiogène et décliniste, il serait tentant de se laisser aller à suivre la ligne de plus grande pente et de se résigner, pour se rassurer, à toujours faire plus évident, plus facile, moins cher. Simple, basique.

Alors, il faut lutter pour se maintenir hors du grand bain de pessimisme de « ces temps troublés », dont on caractérise aisément l’époque. Quelle époque ?

En plus de 35 ans d’engagement local en faveur de la culture pour tous, je n’en ai connu aucune qui fut exempte de problèmes sociaux, de crises et de conflits, et ne fut autant riche de moments heureux et de promesses de jours meilleurs. Je n’en connais aucune qui n’engendra déception, découragement et désespoir, et qui n’ait aussi apporté réconfort, élan et enthousiasme.

Rien n’est écrit d’avance, il n’y a pas de fatalité, ni de dessein supérieur (*). Seuls nos actes comptent. Ici et maintenant.

Agir, c’est ce que fait le festival depuis autant d’années, dans l’intérêt général, sans déroger à ses principes : accessibilité au plus grand nombre, offre artistique innovante et du plus haut niveau, soutien à la création régionale et célébration du talent des femmes. Car la femme n’est pas « l’avenir de l’homme », elle est le présent d’une société dont le futur dépendra de notre capacité à nous respecter, et à nous unir.

A l’heure où se tournera bientôt une page de mon histoire professionnelle, je voudrais encore témoigner de la richesse et de la diversité des cultures d’un monde qui est le nôtre et, qu’on le veuille ou pas, que nous construisons aujourd’hui pour ceux et celles qui nous succéderont, et pour lesquel·le·s nous ne devons pas faillir.

Ainsi, ce 35e festival vous offrira à nouveau la promesse de 40 beaux moments d’humanité à partager, avec des projets artistiques provenant de 12 pays, la moitié (co)portés par des femmes puissantes et une quinzaine originaires du Grand Est, comme Grindi Manberg, en création les 4 et 5 juillet avec 16 musicien.ne.s dont 9 jeunes élèves du Conservatoire. Profitez-en…

Puisse cette édition marquer encore les cœurs et les esprits pour qu’ici vivent longtemps encore toutes les musiques, comme un projet d’évidence dans le grand cirque contemporain des politiques publiques, pour la richesse et la diversité de notre territoire et de ses habitant·e·s. Ces gens d’ici en quête d’ailleurs.

Patrick Legouix

(*) Lequel en l’occurrence n’apparaîtrait pas particulièrement intelligent